Salle René Dumont (50 places)

Salle, située au sous-sol, accès directement par le hall d’entrée Bruno Manser. Cette salle est parfaite pour des conférences, cours et réunions.

  • Capacité: 50 personnes

 

 

René dumont (France, 1904-2001)

Adieu l’agronome, tu nous auras beaucoup marqués!

René Dumont, ancien candidat écologiste à la présidence de la France (1974), a quitté ce monde. Pour toute une génération d’anciens étudiants et jeunes intellectuels des années 60 et 70, Dumont aura été un phare. C’était le phare d’une conscience lucide, comme il n’en existe plus que très peu dans le domaine des études agraires et du développement rural, et l’on ne peut que regretter aussi le décès, il y a deux ans, de Pierre Gourou, le grand géographe des pays du Sud.

La conscience- Dumont s’évertuait à remettre en cause ce qui paraissait le plus évident à l’époque, la construction des nouveaux Etats, souvent dans la mouvance socialiste. Non pas que Dumont ait été anticommuniste, il était simplement un être libre qui réfléchissait les schémas donnés de l’intérieur. Il nous montrait déjà à cette époque comment l’agriculture industrielle, celle des grandes fermes du Middle West comme celle des plaines ukrainiennes (Sovkhoz, kol khoz, ou le problématique communisme (1964), était contre-productive et écologiquement malsaine. Il énonçait clairement que l’agriculture familiale polyvalente était la voie à suivre.

Mais Dumont comprenait aussi que les faux modèles viennent de mauvais dirigeants, de profiteurs et d’incapables. Aussi fustigeait-il les comandantes cubains qui, reconvertis en dirigeants de fermes d’Etat, se croyaient toujours à la tête d’un bataillon. Il tentait de faire comprendre que l’on ne mène pas les paysans à la cravache, mais qu’il faut partir du paysan pour bâtir. Aussi pouvait-il légitimement écrire son Cuba est-il socialiste ? (1970), après avoir affirmé de manière péremptoire en 1962 que L’Afrique noire est mal par tie. Personne n’avait vraiment cru à cette prophétie à l’aube des indépendances, et pourtant, malheureusement, Dumont avait vu juste. Sa réflexion et ses nombreuses études de terrain l ’avaient conduit en 1966 déjà à écrire Nous allons à la famine, un ouvrage qui lui aussi fut considéré comme excessif. Nous mesurons aujourd’hui encore mieux combien les dirigeants auraient dû prendre au sérieux les critiques de ce livre à l’égard des régimes agraires en vigueur, à l’Est comme à l’Ouest et au Sud.

L’héritage intellectuel de René Dumont reste présent chez ceux qui l’ont connu dans ses belles années, mais aussi dans les mouvements nouveaux, comme Via campesina. Merci d’avoir semé les graines, Monsieur Dumont, elles commencent à germer.

Claude Auroi – Horizons IUED | no35 | juillet 2001

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